On nous a appris que le bonheur est dans l’arrivée.
À l’école, nous avons appris que le succès, c’est arriver premier, et que le perdant est celui qui arrive dernier. Tout est devenu une course : qui réussit plus vite, qui arrive avant les autres, qui collectionne le plus de médailles. Et ainsi, nous avons lié notre bonheur à un point dans le futur : quand j’arriverai, je serai heureux.
J’ai passé des années à vivre selon cette règle. Et j’ai eu ma part de médailles à l’école de la vie. Mais j’ai découvert, tard, que le bonheur n’était pas dans le moment où je le croyais.
Il n’était pas dans l’arrivée. Il était dans la quête.
L’histoire qui a changé ma compréhension
Il y a des années, j’ai décidé de gravir le mont Toubkal, le plus haut sommet d’Afrique du Nord.
Le chemin est long et difficile, des heures de marche continue. Je vous épargnerai les détails et irai droit au moment d’atteindre le sommet, le moment d’exaltation. Je ne vous cacherai pas qu’il y a un bonheur réel quand on arrive après tout cet effort.
Mais la surprise est venue après. Quand je suis redescendu et que j’ai rassemblé mes pensées, j’ai remarqué quelque chose d’étrange : ce qui m’est resté n’était pas le moment du sommet. C’était un instant rapide, passager. Ce qui est resté, c’était la quête elle-même. Le chemin, l’effort, la fatigue, les petits moments de la montée.
Le moment de l’arrivée était court. Le plaisir de la quête est ce qui a duré.
Quelle est la différence entre le plaisir d’arriver et le plaisir de la quête ?
Le plaisir d’arriver est un moment. Le plaisir de la quête est un état.
L’arrivée est un événement qui prend fin à l’instant où il se produit. Vous atteignez le sommet, prenez une photo, et puis quoi ? L’exaltation s’éteint vite, et vous commencez à chercher un nouveau sommet. La quête, en revanche, s’étend dans le temps, remplit tous vos jours, non un seul de ses instants.
Voici le paradoxe que nous ne remarquons pas : nous suspendons notre bonheur à un moment qui constitue un pour cent du voyage, et nous ignorons les quatre-vingt-dix-neuf pour cent qui restent. Nous passons une vie à courir après les moments d’arrivée, et nous passons sur la quête comme si elle était un fardeau à supporter jusqu’à l’arrivée.
La vérité est inverse. L’arrivée est le moment passager. La quête est la vie.
Pourquoi confondons-nous les deux ?
Parce que la culture de la compétition nous a appris à voir la quête comme un simple moyen.
Dans la logique de la course, le chemin n’a pas de valeur en lui-même. Sa seule valeur est qu’il vous mène à la ligne d’arrivée. Alors nous courons, les yeux sur la fin, sans voir ce qui nous entoure, sans profiter du pas parce que nous sommes occupés par le moment qui viendra après.
Mais quand vous voyez la quête comme un simple moyen, vous perdez la vie. Parce que la vie, en son essence, est une quête continue, non une série de lignes d’arrivée.
Ajoutez à cela que l’arrivée n’est pas toujours entre vos mains. Vous pourriez ne pas atteindre le sommet pour des raisons hors de votre contrôle : le temps, le corps, la circonstance. Si vous suspendiez votre bonheur à la seule arrivée, vous le rendriez otage de ce que vous ne possédez pas. Mais la quête est entre vos mains. C’est la part que vous possédez réellement.
Comment vivre le plaisir de la quête ?
Trois petites bascules ont changé mon rapport au chemin.
La première : séparer ma valeur du résultat. Le résultat peut venir comme il peut ne pas venir. Mais mon effort, ma sincérité, mon iḥsān sur le chemin, ceux-là sont toujours entre mes mains. Quand je lie ma valeur à la quête plutôt qu’à l’arrivée, rien ne s’effondre si je n’arrive pas.
La deuxième : prêter attention au pas, non seulement au sommet. Parfois je m’arrête à mi-chemin, non seulement pour me reposer, mais pour voir où je suis. Qu’est-ce que j’apprends maintenant ? Qui est-ce que je rencontre ? Qu’est-ce qui prend forme en moi tandis que je marche ? L’attention à la quête la transforme d’un fardeau en un plaisir.
La troisième : me rappeler que la quête me façonne. Je ne peux pas changer le monde, mais l’univers a des règles fixes avec lesquelles j’interagis. Et à la mesure de l’impact que je dépose sur le chemin, je prends forme. Je n’ai pas été créé en vain, et l’arrivée n’est pas le but. La quête elle-même est ce qui me fait.
Pour conclure
Je marche encore sur un voyage qui s’appelle la vie, en quête de sens. J’ai traversé des étapes différentes, certaines contradictoires, mais l’une d’elles ne fait pas débat avec moi-même : le plaisir de la quête.
Ce ne sont pas les sommets qui restent. Ce qui reste, c’est le chemin que nous avons parcouru, et qui nous sommes devenus à cause de lui.
Ne reportez pas votre bonheur au moment de l’arrivée. Il n’est pas là-bas. Il est ici, dans le pas que vous faites maintenant.
De l’intention à l’impact, le commencement n’est pas de vous et l’arrivée ne vient pas de vous, mais la quête vous incombe. Et c’est en elle que réside tout le plaisir.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre le plaisir d’arriver et le plaisir de la quête ?
Le plaisir d’arriver est un moment passager qui prend fin à l’instant où le but est atteint. Le plaisir de la quête est un état étendu qui remplit tout le chemin. Le premier constitue une petite partie du voyage, et le second est le voyage lui-même.
Pourquoi je me sens vide après avoir atteint mes objectifs ?
Parce que vous avez suspendu votre bonheur au moment de l’arrivée, qui est court par nature. Quand il prend fin, le vide apparaît. La solution est de déplacer la source de votre bonheur de l’arrivée vers la quête, car la quête est étendue et ne s’interrompt pas.
Comment profiter du chemin au lieu d’attendre la fin ?
Séparez votre valeur du résultat, car le résultat n’est pas toujours entre vos mains tandis que la quête l’est. Prêtez attention à ce que vous apprenez et rencontrez sur le chemin. Et rappelez-vous que la quête elle-même est ce qui vous façonne, non l’arrivée.



