En 2018, j’ai passe six semaines dans le Massachusetts en tant que US Professional Fellow on Civic Engagement, un programme d’echange du Departement d’Etat americain qui place des fellows en milieu de carriere, venus du monde entier, au sein d’organisations a but non lucratif et d’institutions gouvernementales americaines, pour une immersion intensive.
J’etais accueilli par la Franklin County Community Development Corporation a Greenfield, au sein d’une organisation travaillant sur le developpement economique, l’acces au capital et la croissance economique communautaire. La plupart des semaines etaient remplies de reunions de conseil, de seances de strategie, et de conversations avec des personnes qui font fonctionner la machinerie peu glamour du developpement economique local : centres de transformation alimentaire, commissions de planification regionale, programmes pour la jeunesse construits sur le principe que les jeunes doivent diriger et les adultes accompagner, et non l’inverse.
Ce qui m’est reste le plus n’est pas une reunion en particulier, mais une regularite observee dans toutes ces reunions : les personnes qui faisaient le travail local le plus significatif etaient rarement les plus visibles. Un responsable de planification regionale qui coordonne des ressources partagees entre plusieurs comtes ne fait pas la une des journaux, mais ce travail tient ensemble toute une economie locale.
Le programme s’est conclu par un congres de trois jours, le Professional Fellows Congress, a Washington DC, reunissant environ 350 fellows venus de dizaines de pays. C’est a ce moment que j’ai pleinement compris a quel point les defis fondamentaux de l’engagement civique se ressemblent a travers des systemes politiques tres differents, meme quand la langue et les institutions qui les entourent n’ont rien en commun.
Un week-end durant cette immersion, j’ai ete accueilli par une famille americaine juive sur trois generations. Nous avons cuisine, joue, et discute de certaines des questions regionales et mondiales les plus difficiles, sans reponses simples de part et d’autre. Representer son pays de maniere informelle, a la table de quelqu’un, pese finalement plus lourd que n’importe quelle delegation officielle.
S’il y a une chose a transmettre a quiconque postule a une bourse de ce type, c’est celle-ci : les comites de selection ne cherchent pas une histoire spectaculaire. Ils cherchent la preuve d’une histoire que vous etiez deja en train de construire avant de postuler. J’ai vu des candidats inventer un recit pour leur dossier plutot que de presenter celui qu’ils construisaient reellement depuis des annees, et cela fonctionne rarement. La version honnete, meme quand elle parait ordinaire, est presque toujours la plus forte.
Je depasse aujourd’hui l’age limite de la plupart de ces programmes, ce genre de chose que l’on ne remarque qu’une fois la porte refermee discretement derriere soi. Ce que j’ai retenu de ces six semaines ne s’est pas referme avec elle : une comprehension plus claire de la maniere dont le travail civique se fait reellement, loin des cameras, par des personnes qui se presentent au meme rendez-vous peu glamour chaque mois parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse.



